Témoignage. Une infirmière de la réserve sanitaire raconte ses missions pour lutter contre le Covid-19 à Tahiti et à Wallis

La réserve sanitaire est fortement impliquée depuis le début de la crise sanitaire pour faire face à l’épidémie de Covid-19. Elle vient en aide aux territoires les moins biens dotés en personnel soignant. Ces professionnels sont les globetrotters de la santé. Les missions sont brèves, mais ce n’est pas le Club Med, la charge de travail est « extrêmement lourde ». Témoignage avec une infirmière qui n’hésite pas à parcourir des milliers de kilomètres pour épauler ses confrères du bout du monde.

Pourquoi t’es-tu engagée dans la réserve sanitaire ?

Je me suis engagée dans la réserve sanitaire parce que je trouvais qu’en métropole on pouvait plus facilement trouver des infirmiers pour renforcer les hôpitaux alors qu’au niveau des DOM-TOM, la situation était beaucoup plus critique. Mon métier c’est d’aider les autres donc pour moi c’est aussi s’aider entre soignant. La cohésion, la solidarité entre les équipes elle n’est pas seulement dans un service, dans lequel on est affecté à l’hôpital. Je pense que ça doit être partout, pour tout le monde. Pour moi c’était important d’aller aider les équipes, là où elles étaient le plus en difficulté parce que généralement ce sont des petites îles où l’épidémie de covid-19 a flambé. En générale, la ressource soignante était beaucoup plus limitée alors qu’en métropole même si la situation était critique, il y avait une plus grande possibilité de faire venir les renforts comme les retraités. C’est la principale raison pour laquelle je me suis engagée, mais aussi dans la volonté de toujours progresser et de me remettre en question dans mon métier d’infirmière et aller découvrir ailleurs comment ça se passe. Aller découvrir comment sont faits les soins et la prise en charge des patients qui est différente par rapport à la culture de la France métropolitaine. Découvrir leur matériel, leur fonctionnement, leurs services et comment ils fonctionnent.

Comment on rentre dans la réserve sanitaire ?

Je fais partie de la réserve depuis 1 an. Pour rentrer il faut remplir un gros dossier (certificat médical, CV…). Pour être recruter on reçoit un mail d’alerte de la part de Santé Publique France. On postule et on attend de savoir si on est sélectionné ou pas. Dans le mail d’alerte pour une rotation il y a les profils recherchés. Si on correspond on postule. On sait pourquoi on y va, dans quel domaine on est recruté. On sait si on est recruté 1 semaine ou quelques jours avant le départ.

La réserve sanitaire regroupe de multiples profils. Il y a toujours un référent de mission et un logisticien ainsi que l’équipe sanitaire (médecins de toutes spécialités particulièrement des urgentistes et réanimateurs, manipulateurs radio, des laborantins, aides-soignants, infirmiers, sagefemmes). Les référents sont formés pendant une semaine à Santé Publique France pour être référents.

« Pour moi c’était important d’aller aider les équipes […] J’ai la volonté de toujours progresser et de me remettre en question dans mon métier d’infirmière et aller découvrir ailleurs comment ça se passe »

Où es-tu allée en mission ?

J’ai eu la chance de partir en mission avec la réserve sanitaire (Santé Publique France) en Polynésie Française. J’ai fait deux rotations* en réanimation à l’hôpital de Tahiti et j’ai également fait deux rotations à l’hôpital de Wallis où ça c’est très, très bien passé. Vu que je suis formée réanimation et c’est dans ce secteur qu’il manque cruellement le plus de personnel. Généralement la situation est critique dans ces services avec l’augmentation des patients. A chaque fois que je suis partie, je suis partie en tant qu’infirmière en réanimation dans les deux hôpitaux. Et en ce moment je suis en Guyane avec l’ARS (Agence Régionale de Santé) envoyée par le ministère de la Santé pour la réanimation.

Quel est ton rôle ?

A chaque fois que je pars mon rôle est de montrer l’exemple. On doit apporter une bonne image de la structure dans laquelle ils nous envoient. On est limité à 48h par semaine par notre employeur Santé Publique France). Mais ça peut également être équilibré sur les deux semaines de travail.

« il y a énormément de cohésion, un bon esprit d’équipe, de solidarité, de partage d’informations et beaucoup, beaucoup d’entraide »

Dans quelles conditions tu travailles ?

Je travaille dans les mêmes conditions que les infirmières sur place. Il n’y a évidemment aucun traitement de faveur. A chaque fois on a été très bien accueilli. Sur les deux missions que j’ai fait avec Santé Publique France où les cadres essayent de nous mettre en place des tenues. On a les codes informatiques des dossiers patients. A chaque fois on a une visite du service. On a le code wifi. Par exemple, sur l’un des deux hôpitaux où j’étais en mission on avait du wifi spécialement pour nous alors que c’était réservé aux médecins, mais ils avaient ouvert les droits pour les soignants qui venaient en renfort. Donc très bon accueil et très bonnes conditions de travail. Après on arrive dans un service qui est en crise avec plein d’infirmiers qui arrivent de partout, mais il y a énormément de cohésion, un bon esprit d’équipe, de solidarité, de partage d’informations et beaucoup, beaucoup d’entraide.

Il y a une charge de travail très, très lourde. Il faut savoir que le covid c’est très dur. Les patients sont généralement lourds au niveau du poids et au niveau des soins. Ils sont obèses et il y a beaucoup de seringues électriques à changer. Et ce sont des patients qui nécessitent une surveillance assez intense. Il y a l’habillage et le déshabillage en tenue covid. Les changements de seringue se répètent souvent, les doses sont assez fortes dont elle se finissent vite. Il y a beaucoup de préparation de médicaments. Ce sont donc des journées qui sont très intenses et très fatigantes.

Comment les populations sur place vous accueillent ?

Sur les deux rotations que j’ai fait avec la réserve sanitaire, je n’ai eu aucun souci avec la population locale. Là encore on est très bien accueilli. Quand ils savent qu’on vient en renfort, ils nous disent « merci ». A Wallis, l’accueil était incroyable. Les Wallisiens sont très timides comme les Tahitiens d’ailleurs, mais dès qu’ils apprennent à nous connaitre, ils nous incluent vraiment dans leur équipe. Ils nous font gouter les spécialités culinaires. Ils nous préparent les bonnes adresses dès que l’île est déconfinée, comme ça si un jour on peu bouger avec déconfinement partiel ils nous disent où aller. Après on fait parti de l’équipe à part entière. J’ai fait sept semaines à Wallis, cinq à Tahiti donc on a vraiment le temps de connaitre les collègues. On garde toujours un petit contact. Et parfois c’est très dur de partir. Surtout à Wallis où c’étaient des personnes incroyables.

Est-ce que les conditions de travail sont différentes par rapport à la métropole ?

Il y a des différences avec la métropole parce que je suis partie dans deux structures qui sont à l’autre bout du monde. Chez nous on peut tout gérer sur place. J’étais dans un grand CHU qui était totalement autonome, qui était très bien pourvu au niveau des services avec des professeurs, des chirurgiens et des domaines de compétence et des domaines de soin comme les urgences, la ranimation autant adulte que pédiatrique. Dans les îles c’est totalement différent. Il manque cruellement de médecins et ils ne sont pas forcément dotés de tout le matériel et de toutes les compétences médicales. A Tahiti, ils doivent être le plus autonome possible parce que c’est un territoire très, très éloigné et ils soutiennent toutes les petites îles de Polynésie qui sont nombreuses. Ils ont un fonctionnement très cadré en réanimation. Les infirmières sont hyper bien formées pour être le plus autonome possible, avec des protocoles très, très biens cadrés. Il y a énormément de matériel qui est à la pointe. Ils ont plein de formation en continue. C’est hyper intéressant. A Wallis, le fonctionnement est différent étant donné que c’est un petit hôpital. L’île est petite, il n’y a pas beaucoup d’habitants. Ils temporisent beaucoup pour évasaner vers Nouméa. Il y a également des évasanes de Futuna vers Wallis, mais il y a des contraintes. Ce que j’ai remarqué c’est que l’équipe a une grande adaptabilité, surement même plus qu’en métropole. Il y a beaucoup de débrouillardise. Quand il y a une problématique ils ont l’habitude de se débrouiller avec les moyens du bord, qui ne sont pas forcément suffisants. Il y a des contraintes de délais de livraison. Par exemple, les œufs de Pâques ont les a eu fin mai (rire). Faut faire avec. A Wallis, on avait l’aide de la Nouvelle Calédonie. On profitait des évasanes pour se faire livrer du matériel. Ils ont l’habitude de toujours se débrouiller et de trouver des solutions. Et au final ça fonctionne bien. Ils sont tops !   

« A Wallis, il y a beaucoup de débrouillardise »

Quelles sont les choses qui t’ont marquées pendant tes missions ?

La chose qui m’a le plus marqué c’est lorsque j’étais en contrat avec l’hôpital de la Martinique. La cadre a offert une enceinte Bluetooth pour le service pour que l’équipe garde le moral avec un peu de musique en bruit de fond. Parce que le service de réanimation covid est un service très, très dur. Il y a beaucoup de fatigue, mais on ne peut pas lâcher sinon les collègues et les patients en pâtiront. Il ne faut rien mâcher et continuer coute que coute. Et une fois j’étais dans la chambre d’un patient, il y avait la musique et les aides-soignantes qui étaient en face twerkaient (rires), mais au final si j’avais besoin elles venaient. J’avais mon patient entre la vie et la mort et elles m’ont redonné le sourire dans cette journée qui était difficile. Donc ça montre la solidarité.

Je garde en mémoire aussi la solidarité envers les commerces qui ferment en lançant des commandes auprès des commerces qui livrent. Chacun paye sa part et l’artisan-traiteur ou le restaurant nous livre, ça lui permet de garder une petite activité.

Et puis lors de mon retour de Wallis, sur le vol Tokyo-Paris, une hôtesse de l’air a su qu’on était de la réserve sanitaire. Et avec une autre hôtesse de l’air, pour nous remercier, elles ont fabriqué pendant le vol des cygnes en origami symbole de la chance. Au final ce sont des missions à la fois dures, mais aussi très belles.

* Ces rotations peuvent durer plusieurs mois. C’est la même mission, mais avec différents groupes qui tournent.

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