« Le féminisme c’est l’égalité entre les femmes et les hommes »

L’association So Fé est en passe de voir le jour officiellement. Elle regroupe déjà 40 membres qui souhaitent œuvrer pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Rencontre avec les co-fondatrices Jade et Margot ainsi que Maude la trésorière de cette association. Les trois jeunes lycéennes du lycée Blaise Pascal de Nouméa nous expliquent pourquoi elles ont choisi de s’investir pour cette cause.

Quel est le but de l’association So Fé ?

Margot : A la base cette association a été créée pour les lycéennes. Elle s’appelle So Fé (SOlidarité FEminine). C’est pour mettre en avant l’égalité des chances entre les genres que ce soit à l’intérieur du lycée ou à l’extérieur pour toutes les étudiantes et étudiants. On va faire tout notre possible, à notre échelle, pour essayer de favoriser cette égalité avec des actions et des événements.

Y’a-t-il déjà des idées d’action ?

Margot : On veut collaborer avec une ONG qui s’appelle Plan International. Et on va faire des récoltes de fond tout au long de l’année grâce à des actions caritatives comme des brocantes et des événements que nous allons organiser nous-mêmes.

Il y aura aussi des événements pour les membres de l’association, comme des rencontres avec des « grandes femmes » calédoniennes, des ciné-débats, café-philos. On va débattre sur la condition féminine.

Et pour aider les lycéennes de Blaise Pascal on va mettre en place un distributeur gratuit de protections hygiéniques.

Comment est née l’association ?

Jade : C’était mon idée. J’avais fait des recherches pour m’inscrire dans une association pour les jeunes filles. Et je me suis rendue compte qu’en Nouvelle Calédonie il n’y avait pas grand chose pour les jeunes filles, du moins dans le cadre scolaire. Du coup je me suis dit pourquoi pas en fonder une ! C’est à partir de là que j’ai proposé à Margot parce que je savais qu’elle était engagée dans le domaine. Elle a participé à des concours d’éloquence où elle parlait de ce sujet. Elle a tout de suite été motivée.

Et puis en tant que jeune fille privilégiée, c’est de pouvoir rendre la pareille. L’ONG avec laquelle on espère collaborer est en partenariat avec des associations en Afrique. Et donc j’aimerais les aider.

Quand cette association a-t-elle été lancée ?

Jade : A l’heure actuelle, les statuts n’ont pas encore été déposés, mais on a commencé les actions fin mai.

Qui peut rejoindre l’association ?

Jade : Filles, garçons, non-genrés, non-binaires, tout le monde. Il y a juste à remplir un bulletin d’adhésion.

Combien y’a-t-il de membre ?

Jade : Pour l’instant on est une quarantaine dans le lycée.

Margot : Et à partir du moment où l’on deviendra une association on pourra s’élargir un peu plus. Aller dans les autres lycées pour faire des présentations pour recruter de nouveaux membres. Il y a aussi des étudiants en prépa et en licence qui nous on fait comprendre qu’ils étaient intéressés pour faire partie de l’association.

Comment est perçue cette association dans le lycée ?

Maude : Pour certains c’était positif. Il y a ceux qui ont compris le but du projet, qui sont prêts à directement s’inscrire. Mais j’ai aussi eu des retours de certains profs qui disaient que c’était quelque chose de naïf. Que pour des adolescentes c’était une étape à passer. On a quand même eu plus de retours positifs que ce genre de remarques.

Margot : On a eu plus de retour positif des élèves que des profs. Ça nous a beaucoup marqué. Pour eux nous ne sommes que des jeunes filles, ça ne va pas tenir.

Jade : Alors qu’on est motivée.

Maude : Dans tous les cas on essaye de faire avancer les choses à notre échelle.

Ça doit vous booster…

Jade : Souvent on a écho de réflexions de la salle des profs. A leur âge, je trouve ça un peu bas. Nous on est des jeunes filles, on essaye de se battre pour l’égalité. Souvent ce sont les hommes de l’ancienne génération qui se moquent de nous. Du coup oui ça donne encore plus envie de réussir. C’est fou parce que les garçons de notre âge nous ont aidé.

Margot : Tout ce qu’ils attendent c’est que l’on échoue.

Vraiment ?

Jade : Oui, ils se sont moqués du nom de notre association.

Margot : Dès qu’il y a un nouveau truc, ça tacle !

Maude : Ce qu’on veut leur montrer c’est que l’on va réussir.

La différence générationnelle est bien réelle ?

Jade : En fait ils pensent qu’on est des révolutionnaires et qu’on va tout casser, mais pas du tout. Je ne sais pas s’ils ont dans la tête les événements de 68. Peut-être qu’ils se disent : « elle vont tous nous tuer » ?

Margot : On veut juste l’égalité.

Maude : Certaines personnes quand elles entendent le mot « féministe », elle se disent qu’on veut la fin des hommes. En fait personne ne leur a jamais vraiment expliqué ce que c’est. Il y a évidemment des cas extrêmes qui donnent une mauvaise image. Des gens pensent que toutes les féministes sont comme ça, mais pas du tout. Nous on est aussi là pour expliquer ce que c’est.

C’est quoi le féminisme ?

Jade, Margot, Maude : L’égalité !

Jade, Maude et Margot, trois lycéennes investies dans la cause féminine

Pourquoi êtes-vous investies dans cette cause ?

Maude : Il y a plein de problèmes qui ont déjà été réglés parce que des gens ont fait bouger les choses. Nous c’est ce qu’on veut essayer de faire.

Jade : Aussi, on est des jeunes filles donc on est en train de se construire. Et c’est dès maintenant que l’on doit se construire notre conscience féminine et que l’on doit apprendre qu’on ne peut pas nous mettre de barrière parce qu’on est des filles.

Vous parliez d’avancées, mais qu’est-ce qu’il reste à faire dans ce domaine ?

Maude : On est dans un monde où la femme est représentée comme inférieure. Il y a beaucoup de chose qui ont changé, dans le sens où il y a certaines personnes, y compris des hommes qui sont d’accord avec notre idée d’égalité. Mais beaucoup de gens pensent encore que les femmes sont inférieures, qu’elles ne peuvent pas tout faire, qu’elles n’ont pas le droit à l’éducation par exemple. C’est l’un des projets qu’on aimerait promouvoir.

Jade : On est aussi dans la sensibilisation. Par exemple il y a la mission à la condition féminine qui nous a contacté pour que nous devenions des ambassadrices et que nous puissions sensibiliser sur cette cause. Sur le leadership féminin, la scolarisation des jeunes filles, l’égalité dans le monde du travail. Sensibiliser par rapport à la parité, aux salaires ou encore la précarité menstruelle. Il y a encore des jeunes filles aujourd’hui qui ne peuvent pas aller à l’école parce qu’elle n’ont pas de quoi se protéger.

Il y a aussi les violences intrafamiliales. Même à notre âge il y a des jeunes filles qui se font battre par leur copain.

Nous on n’est pas des professionnelles. On ne peut pas aider psychologiquement, mais notre but c’est de sensibiliser.

Margot : On est là pour orienter les élèves au mieux.

Jade : On estime que c’est beaucoup plus simple pour des jeunes de notre âge de se confier à nous que d’aller directement faire les vraies démarches. Nous on est l’intermédiaire dans le cadre du lycée. Et en dehors de l’établissement on aimerait avoir un autre impact en organisant des événements caritatifs.

Comment vous jugez la situation des femmes en 2021 ? Que ce soit en Nouvelle Calédonie ou ailleurs dans le monde.

Jade : Les femmes sont les premières victimes de la crise sanitaire.

Maude : En général les femmes ont des métiers à durée déterminée contrairement aux hommes. Et avec la crise sanitaire ce sont les contrats précaires qui ont plus de chance d’être supprimés. Ce qui entraîne un manque de ressource.

Jade : La situation évolue positivement, mais dans certains cas on avance d’un pas et on recule de trois. Dernièrement le Texas a durcit les conditions d’accès à l’avortement.

Maude : En Nouvelle Calédonie, le collectif Collage de mass explique que nous sommes le territoire français qui a le plus haut taux de violence conjugale. C’est donc très important d’agir ici. De faire comprendre que nous sommes là. C’est à nous de faire bouger les choses.

Quelles sont les prochaines étapes pour l’association 

Margot : On essaye de faire venir le plus de membre possible. Ensuite on va essayer d’enchaîner les actions. L’asso est née juste après le confinement (mars 2021). Vu qu’on est en terminale, c’est notre dernière année au lycée Blaise Pascal, voire même pour certaines en Nouvelle Calédonie parce qu’après on part faire nos études ailleurs, donc là on va essayer d’enchaîner le plus d’événement et d’action pour bien ancrer l’association So Fé à l’intérieur du lycée et en Nouvelle Calédonie.

Jade: Et pourquoi pas ouvrir des cellules en métropole si certaines partent étudier là-bas.

Et puis, on a été parrainé par Soroptimiste, une sororité à l’internationale qui a une cellule en Nouvelle Calédonie et elle nous propose de nous aider. De nous marrainer dans une idée de sororité

Margot : Elle nous donnerait des conseils, voire nous financerait si jamais on avait besoin. Les membre de cette sororité sont vraiment là pour nous aider à construire notre association du mieux possible.

Quel message vous voulez faire passer pour que les gens vous rejoignent dans cette association ?

Margot : On est une communauté donc il y a quand même l’entraide, de la solidarité et on va faire des événements pour enrichir notre culture du féminisme.

Maude : On est très motivée. On va essayer de faire tout notre possible pour faire bouger les choses. Ce n’est pas une association qui ne fait rien. Ce n’est pas un mouvement d’adolescentes enragées.

Vous souhaitez joindre l’association ? Rendez-vous sur le compte Instagram @sofe_lbp ou par mail sofe.lbp@gmail.com

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